mercredi 9 novembre 2011

PARIS : Diane Arbus au Jeu de Paume

On connaît le Musée du Jeu de Paume pour ses expositions photos de grande qualité, fouillées, pertinentes sans être élitistes, originales sans dédaigner les "grands tubes" qui draînent les publics moins connaisseurs. Là, il fait encore mieux : non seulement il programme la première rétrospective française du travail de l'immense Diane Arbus, figure emblématique de la photographie américaine qui en a révolutionné les codes et aspirations, mais en plus il le fait avec une intelligence comme on voit rarement.

Certes, cela ne plaira sans doute pas à tout le monde : les deux cent et quelques oeuvres sont présentées nues, sans autre habillage que leurs titres. Pas de blabla, de romans stickés sur les murs, de passage obligé devant des panneaux de textes interminables, de vitrines pleines de bric-à-brac... Rien ne parasite : vous rentrez directement dans l'univers de l'artiste, le sentiment d'une traversée sans escale, d'un voyage ininterrompu et personnel vous emplissant jusqu'au dernier moment, quand vous levez le nez de l'ultime cliché. Les photos, juste les photos, en tête-à-tête avec vous et vous seul ! Et, pour s'approprier un peu de la vie de Diane Arbus comme vous venez de vous approprier son oeuvre juste avant, vous accédez en fin de parcours à deux salles où, là, vous avez la possibilité de suivre une chronologie de sa courte vie (elle se suicide en 1971 à 48 ans), agrémentée de textes, d'objets personnels (dont ses appareils !), d'articles, d'écrits manuscrits.





1. Jeune homme en bigoudis chez lui, 20e Rue, N.Y.C. 1966. © The Estate of Diane Arbus // 2. Two men dancing at a drag ball, Diane Arbus (NY, 1970) © The Estate of Diane Arbu // 3. Enfant avec une grenade en plastique dans Central Park, New York 1962.  © The Estate of Diane Arbus // 4. Sans titre (6) 1970–71. © The Estate of Diane Arbus // 5. Jumelles identiques, Roselle, N.J. 1967. © The Estate of Diane Arbus // 6. Untitled, Diane Arbus (1970-71) © The Estate of Diane Arbus 

De quoi suivre sa vie... et quelle vie ! Dans un premier temps, Diane Arbus, héritière d'une riche famille de commerçants, se forme à la photographie de manière autodidacte : c'est auprès de son mari, rencontré très jeune, qu'elle appréhende l'appareil et l'image. Ils créent un studio photo de mode où Diane assiste Allan et apprend son futur métier des gestes de son mari. Ce n'est qu'après leur séparation en 1960 qu'elle va pleinement se consacrer à ce qui l'attire depuis si longtemps : elle prend alors des cours avec Richard Avedon mais c'est auprès de Lisette Model qu'elle va forger ce goût pour l'ordinaire-extraordinaire, pour la poésie de l'étrange, du hors-norme, du tabou.

Elle développe alors un style qui lui est propre, passant notamment du format 24x36 (rectangle) au format 6x6 (carré), créant une proximité et une intimité touchante, parfois déroutante, désarmante, un focus impitoyable sur son sujet qui ne peut laisser indifférent. En témoignera l'exposition New Documents, au MOMA, où elle créera ce qu'on appelle aujourd'hui le "buzz" : elle choque alors tout autant qu'on l'admire et se distingue définitivement comme l'une des photographes les plus douées de sa génération. Mariant le sublime et le grotesque, elle donne noblesse et dignité à des sujets jusque là raillés ou dépréciés :  l'univers des travestis, des personnes déficientes mentales (une série particulièrement émouvante dans un asile, à la toute fin de sa vie), des naturistes, des couples mixtes, des "monstres", des asociaux. Un regard sans complaisance qui ira bien au-delà du sujet évident : sans abandonner ce regard tendre attaché aux "freaks", elle creusera également l'ordinaire avec cette volonté implacable de voir ce qui se passe derrière pour en capturer l'instant de faille, de rupture, de frontière avec le non-retour. Une vie à chercher le normal dans le monstrueux et le monstrueux dans le normal...

Diane Arbus
Musée du Jeu de Paume
1 place de la Concorde // 75008 PARIS
Du mardi au vendredi, de 12h à 19h // Samedi et dimanche de 10h à 19h
Jusqu'au 5 février
Tarif plein : 8,50 € // Tarif réduit : 5,50 €
Plus d'informations : jeudepaume.org

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vendredi 4 novembre 2011

AUBERVILLIERS : Quand j'étais un ... extraterrestre !


Et si ... je vous racontais ma Nuit Blanche ? Non, pas celle où je fais des folies de mon corps, où je bois plus que de raison et où je me lève à pas d'heure avec la gueule comme de la toile émeri usée jusqu'à la corde, un vieux goût de balayette à chiottes dans la bouche ! Nooon, pas celle-là ! La vraie ! LA Nuit Blanche, la dernière édition, celle qui a eu lieu dans l'espace temps séparant le 1er du 2 octobre 2011. Aux vues des années passées, durant lesquelles j'ai pu noter un changement très sensible de programmation, passant, les premières années, de projets intéressants et innovants à une espèce d'uniformisation de la proposition artistique (ras-le-bol de ces "installations vidéos" stériles et grotesques qui prennent les passants pour des imbéciles et qui monopolisent 85 % des sites), j'étais quelque peu refroidi et ne comptais pas forcément participer à la "fête".

Prenant mon courage à deux mains et la ligne 7 vers Aubervilliers, je suis allé assister à la performance de La Kontess' qui avait à nouveau élu domicile dans le très "charmant" espace Renaudié pour cette, comme le disait la philosophe C. Lara, "nuit magique". Et là, BAM ! ! Grosse claque dans ma tronche ! ! Voici un très joli projet qui s'articule autour du monde rêvé d'un être sans âge apparent, qui se prend à avoir été un jour un extraterrestre : "Proposition artistique à mi-chemin entre la Sci-Fi et l'autobiographie, QJ1ET aborde la thématique du "fake", et convoque sur scène des souvenirs d'enfance, fabriqués et réels. QJ1ET est une narration désarticulée, un ensemble de croquis esquissant le paysage mental d'un enfant/adulte inquiet, trouvant refuge dans l'adhésion à un monde composé d'éléments fictifs, un regard sur le besoin de provoquer à nouveau l'illusion - et sa magie - à l'âge adulte."




"Mes parents regardent les séries à la demande dans le salon. Moi, je réfléchis. En fait, je suis un extra-terrestre : je viens d'une autre planète, même si je ne me souviens pas de laquelle exactement. Ma mémoire a du être effacée [...]"

Sur le papier, c'était alléchant, n'est-ce pas (eh oui, la demoiselle Kontess', en plus de ses multiples talents, écrit aussi très bien !) ? Mais la réalité dépasse tout cela. J'ai assisté à une performance touchante, intelligente, avec ce petit plus de choses quotidiennes, sans prétention, humaines, un petit plus qui vous parle directement et qui magnifie pourtant le propos. Des choses simples, parlées, dansées et chantées, des idées qui ont traversé la tête de tous les enfants, un jour ou l'autre... Une invitation à entrer dans un univers qui a forcément été le vôtre, un fantasme enfantin à vivre réveillé, drôle et émouvant... Ben c'est con, mais ça m'a réconcilié avec la Nuit Blanche !

 



 Plus d'infos sur La Kontess' : clique ici, lecteur !

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